COQPIT Agence Digitale à Clermont-Ferrand

FOCUS / CLÉMENT BANET, AVION DE CHASSE

A 20 ans, Clément Banet, fondateur de l'Agence Digitale COQPIT, en est à sa seconde boîte créée et compte 4 salariés à son actif - bientôt 6.

Avoir 20 ans et sa propre boîte, c’est assez original. Comment t’es venue cette envie de se lancer si tôt dans l’entrepreneuriat  ?

Je pense que c’est aujourd’hui une bonne période pour arrêter les études jeune, car on n’a pas grand-chose à perdre – pas encore de loyer, de famille. Les études, maintenant, ça se normalise: avant, BAC+5 c’était l’élite, maintenant c’est plutôt le minima, sans forcément garantir grand-chose. Du coup, des profils comme le mien deviennent plus singuliers. Et les gens m’ont fait confiance, même dans des industries traditionnelles. Ca m’a conforté dans mon idée d’arrêter jeune: l’absence d’études n’est plus un frein. Au pire, je sais que je trouverais un moyen de me recycler dans l’univers des start-ups.

Il y a beaucoup d’entrepreneurs dans ma famille. Mon père s’occupe, au Puy et ailleurs, de maisons de retraite, et il m’a soutenu quand j’ai choisi de me lancer pleinement dès mon BAC S. Plus jeune, j’aimais beaucoup monter des projets perso. Je suis fan d’aéronautique, et à 14 ans j’ai lancé un site web de référencement d’aéroports et d’infrastructures pour pilotes. Ca m’a permis de tester les Adwords par exemple, de générer mes premiers revenus. J’ai très tôt voulu créer mon entreprise, ça m’a toujours paru évident.

 

L’angle numérique de tes projets, c’est venu de ce site web ?

C’était un peu après, je venais d’arriver à Perpignan. C’était un hiver, je ne savais pas trop quoi faire à la maison, et je suis tombé sur « le site du zéro », qui s’appelle maintenant OpenClassrooms: ce sont des formations en ligne gratuites sur de la programmation, principalement. D’ici au printemps suivant, j’avais commencé à vraiment m’y connaître en code. Aujourd’hui, ça me permet de comprendre ce que me disent mes développeurs, de m’impliquer dans les projets. Mais, à l’époque, je me suis rendu compte que je voulais me lancer dans le web, qu’il fallait 100 fois moins d’argent que dans une industrie classique. Ce qui est bien avec le numérique, c’est qu’il n’y a pas de frein pour apprendre, tout est disponible sur internet. Il suffit d’être malin, si on y arrive ça peut aller très, très vite. Et on peut faire énormément de choses en plus de son activité principale.

« On peut apporter énormément de valeur sans y consacrer trop de temps. A condition d’être time-to-market. »

 

C’est là que tu as fondé Repasrtage …

Le principe était du partage de plats « faits maison » entre particuliers. Au début, le site a bien fonctionné, on était sur le bon time-to-market au moment du lancement, on avait une bonne croissance. On était vraiment dans l’air du temps, avec un modèle collaboratif. Mais le business model n’était finalement pas viable, et il y avait beaucoup de soucis réglementaires et sanitaires. Aujourd’hui j’ai encore le site mais je me demande s’il faut continuer ou l’arrêter.

 

Qu’est-ce que tu as appris de cette expérience ?

Qu’on peut apporter énormément de valeur sans y consacrer trop de temps. A condition d’être time-to-market. Je le dis souvent, mais c’est capital: dans le monde des startups, trop de gens pensent que l’argent n’est pas important au début, qu’il faut d’abord répondre à une offre, résoudre un problème, et qu’on verra après la monétisation. C’est dommage. Je pense qu’il faut se mettre d’emblée sur un marché où l’argent est présent, et capter de la valeur. Pour cela, il faut connaître les modes qui existent. Par exemple, aujourd’hui, si tu veux lever beaucoup de fonds, il faut faire du data center ou du e-learning. Uber, le collaboratif, c’est déjà terminé. Les VC investissent beaucoup moins qu’avant.

Finalement, une idée en soi ne vaut pas grand-chose. On peut pivoter tellement facilement. C’est surtout l’entrepreneur et sa capacité à pivoter qui sont importants: le principal est de ne pas se leurrer soi-même. Parfois, des gens sont depuis 3, 4 ou 5 ans sur un projet qui ne décolle pas, alors qu’eux-mêmes sont bons dans leur domaine. Seulement, ils s’enferrent, ils deviennent incapables de pivoter et cessent d’être lucides par rapport à leur projet. Mieux vaut savoir arrêter à temps, et rebondir. D’autant plus que le phasage avec la réalité économique du marché joue énormément sur le potentiel de croissance.

 

Et quel est le meilleur moyen d’être time-to-market d’après toi ?

La clé c’est de se lancer le plus vite possible. Par exemple, le marketing ne me sert plus à rien. Il faut débuter la réalisation de son projet ASAP. De toute façon, il y a trop de niches possibles, et il faut correspondre à son early adopter. Tester tous les jours, tous les jours, changer sa proposition de valeur quand ça ne va pas, changer sa baseline, voir étape par étape ce qui correspond au mieux avec le besoin du client. Ce sera toujours plus concret que les meilleurs marketeurs de la planète.

 

« Le growth hacker ne se base que sur de la donnée. »

 

C’est cette approche qu’on appelle le growth hacking.

Oui, c’est même une philosophie. Le principe est l’expérimentation le plus rapidement possible. On ne se prend pas la tête avec « est-ce que mon idée est bonne, est-ce qu’elle est mauvaise ? » Non ! On se lance et on verra bien ! Mais la clé, c’est de toujours mesurer l’impact de ce qu’on fait, très précisément. On ne prend jamais de décision sans avoir de données complètes. Quel est le taux de réponse ? Le taux de conversion ? La marge ? Le trafic ? Et, surtout, est-ce que ce levier est scalable ? Si on utilise un levier mais qu’on ne peut pas le reproduire ailleurs de manière scalable, ça ne sert à rien. Le growth hacker ne se base que sur de la donnée. A chaque fois qu’il fait une action, il sait exactement ce que l’action a produit. Il faut beaucoup de rigueur. Mais ça permet de très bien connaître ses utilisateurs, si le trafic est suffisant.

 

Dans growth hacking il y a hacking …

C’est vrai que le growth hacking peut être un petit peu borderline parfois ! Tout en restant dans les limites de la légalité. Mais comme est très lean, on fait des POC qui parfois ne reposent que sur du fake. Par exemple, tu arrives à décrocher des contacts qualifiés sur la base d’un site web qui en fait n’existe pas encore. Mais ça permet d’augmenter la conversion malgré tout, même si ta prod’ est juste décalée dans le temps. On fait aussi beaucoup de scrapping, on récupère des masses énormes de données, on se constitue notamment des bases email de cette manière.

On entend dire que le growth hacking est lié à des moyens limités, mais ce n’est pas forcément vrai. Parfois il vaut mieux utiliser un peu d’argent pour en gagner beaucoup. Par exemple avec Adwords: si tu dépenses 20 pour gagner 30, c’est du growth hacking, et tu as augmenté ta mise initiale. Ce qu’il faut savoir c’est combien ça te rapporte – grâce à la donnée – et comment piloter ta boîte en fonction.

 

A propos de pilotage, ton entreprise actuelle s’appelle Coqpit.

J’adore l’aéronautique, j’ai une licence de pilotage, de planeur, de parachute. Quand Reparstage battait de l’aile début 2016, j’avais un impératif de cash, et je voulais me recycler le plus vite possible. En une semaine, j’ai décidé de créer Coqpit. Ce n’est pas une start-up, même si on utilise du lean et si les collaborateurs sont très autonomes: c’est une agence digitale, on fait de l’accompagnement 360° autour des sites internet, avec de la créa, des leviers d’acquisition, du référencement, de l’optimisation … on assure tous les maillons de la chaîne web. On travaille sur les technos WordPress, Prestashop et Magento. En fait, Coqpit est plus traditionnel comme activité, mais ça nous permet de faire nos armes. C’est moins cruel que le monde des start-ups, et on emmagasine énormément d’expérience.

 

Comment s’est passé le lancement de tes boîtes dans l’écosystème clermontois ?

J’ai principalement été soutenu par le Réseau Entreprendre, dès mes 18 ans. Ils m’ont accordé un prêt d’honneur pour Repasrtage, et quand le projet s’est arrêté, j’ai pu le transférer sur Coqpit. Parce que le prêt est associé à ta personne, pas à ton projet. On m’avait d’ailleurs dit « on pense que Repasrtage ne marchera pas, mais on croit en toi, donc on te donne l’argent ». Le réseau m’a aussi beaucoup aidé par son approche soudée. Il est en relation directe avec tous les grands donneurs d’ordres de Clermont. Ca m’a notamment permis d’être en contact avec Charles Marginier de Firerank, quelqu’un sur qui je peux vraiment m’appuyer, il est très bon dans ce qu’il fait.

Sinon, j’ai aussi eu une subvention Auverboost, dont je suis partenaire en presta aujourd’hui. Pour le reste, je ne suis pas fan des structures type incubateurs, même si le Bivouac fait du super boulot et rayonne au niveau national. Disons que je préfère avancer seul, en réseau mais sans accompagnement direct. J’aime bien Pascalis d’ailleurs, qui est plutôt une plateforme multi-compétences où il y a beaucoup d’échanges, c’est plus enrichissant. Il n’y a pas d’expert auto-proclamé. Quant à l’écosystème dans son ensemble, il est plutôt favorable. Il y a plein de dispositifs pour se lancer sans mettre un euro de sa poche. Le souci est qu’on voit toujours les mêmes têtes, c’est un peu fermé.

 

« Dans l’écosystème, il y a plein de dispositifs pour se lancer sans mettre un euro de sa poche. »

 

Et la vingtaine, alors, ça se présente pas trop mal ?

Oui, Coqpit marche bien, mais il faut qu’on se développe différemment. On a par exemple des problèmes au niveau des appels d’offres: on est souvent sélectionnés mais rarement retenus à la fin. Pour ça, il faudrait une structure plus grosse tout en gardant de la flexibilité. Mon idée c’est de monter un pool de free-lances affiliés à Coqpit, avec des moyens matériels comme des bureaux, des serveurs … le tout à côté de notre base à Pascalis. Donc on va s’étendre, et on recrute deux salariés en plus. Avec cette flexibilité globale on pourra mieux se positionner tout en margeant suffisamment. Et j’espère que dans un an on pourra concurrencer les grosses agences digitales sur Clermont.

C’est finalement pour ça que je voulais éviter de me lancer dans une école d’ingénieur ou à la Fac. Et, pour l’instant, je ne regrette vraiment pas d’avoir arrêté mes études.

 

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